Être parent

Post-partum, ce qui se passe vraiment après l’accouchement

14 juillet 2019
Bébé Nina

Pendant les cours prénataux, on vous explique bien des choses sur votre bébé et son arrivée prochaine… À grands renforts de schémas et de vidéos old school, on vous montre comment le bébé se prépare doucement à son entrée dans le grand monde après 9 mois bien au chaud dans sa petite bulle. On vous narre tous les avantages de l’allaitement maternel en vous détaillant les clés de la réussite (et en omettant, consciemment ou non, d’aborder les difficultés que vous pourriez rencontrer.) On vous parle des signes annonciateurs du jour J. On vous liste les méthodes pour apprivoiser et soulager la douleur. On vous apprend le protocole de naissance à l’hôpital ou en maison de naissance avec sage-femme. Et on vous décrit les premiers soins que le nouveau-né recevra de la part du corps médical et de vos mains fébriles, douces et attentionnées.

Mais il y a deux choses que l’on ne vous explique pas pendant ces cours:
1. Comment pousser. Ça, j’aurais aimé le savoir pour être plus efficace le jour J. Cela n’aurait peut-être rien changé étant donné la configuration de l’arrivée de Nina parmi nous. Mais quand même, j’aurais voulu en savoir un peu plus.
2. Ce qui vous arrive après l’accouchement. Pas au bébé. À vous. Et ce, directement après la naissance, comme dans les jours, semaines et mois qui suivront.

On entend toujours parler de la chute d’hormones et du baby blues, voire de la dépression post-partum, qui peut l’accompagner. Et tant mieux, il est nécessaire d’aborder le sujet. Non pour prévenir, car c’est clairement quelque chose que l’on ne contrôle pas. Mais pour démystifier le phénomène, éviter à la mère de culpabiliser et l’informer des ressources à sa disposition.
Mais quid des tranchées, des lochies, des douleurs articulaires ou encore du deuil de son gros bidon? Pourquoi tous ces symptômes post-partum sont-ils souvent passés sous silence? Est-ce qu’on a peur de faire peur? Ne veut-on pas entacher la beauté sacrée de la maternité? Est-ce que les mamans oublient? Va savoir… Mais je crois que j’aurais justement préféré savoir tout ça. Ne serait-ce que pour m’épargner bien des interrogations et des recherches Google entre deux biberons!

Alors pour me souvenir, pour partager nos expériences ou tout simplement pour vous mettre au fait de ce que vous pourriez traverser, voici ce qui m’est arrivé durant les 3 mois qui ont suivi mon accouchement.

Le jour J

Les effets secondaires de la péridurale
Au Québec, il n’y a pas de rendez-vous prénatal avec l’anesthésiste. Et ce, même si vous savez pertinemment que vous aurez recours à la péridurale/épidurale. Le jour J, entre deux contractions, on vous décrit rapidement la procédure. Puis, on vous annonce les éventuelles avaries qui pourraient vous arriver (coucou paralysie!) en vous précisant bien que vous avez plus de chance de perdre l’usage de vos jambes dans un accident de voiture que maintenant, ici, sur ce lit d’hôpital. Mais par contre, on ne vous explique pas ses effets secondaires, petits mais tout de même perturbants, qui concernent la moitié ou le tiers des femmes.
Outre les douleurs d’un corps sortant du sommeil de l’anesthésie, j’en ai expérimenté deux: les tremblements et l’incapacité d’uriner.

Une fois que Nina eut poussé son premier cri, mon corps s’est mis à trembler de toute part. Des orteils aux épaules, j’étais parcourue de soubresauts incontrôlables comme si je venais de monter 35 étages à pied ou que je me promenais en maillot de bain par -45°C. Ce n’était pas douloureux, mais moyennement pratique quand on vous recoud et que vous tenez bébé contre vous!

De la pose de l’anesthésie jusqu’à la délivrance, je n’étais pas censée boire ni manger. (J’avoue, j’ai triché avec quelques bonbons, chuuuuut!) Après l’accouchement, j’ai donc été prise d’une soif intense à la hauteur de cet effort inhabituel et je me suis jetée sur de grands verres d’eau glacée… jusqu’à en avaler plus de deux litres. Et quand le temps de vider ma vessie est venu, et bien j’ai pris une grosse claque. Impossible de faire pipi! J’avais pourtant retrouvé toutes mes sensations, mais là en bas, ça ne fonctionnait pas. Même avec le robinet qui coule juste à côté pour me motiver. Ma vessie était tellement gonflée que j’avais l’impression qu’on avait zappé un jumeau et qu’un deuxième bébé s’apprêtait à sortir de moi.
Au-delà de la douleur, ça fait très mal à l’égo… Ma fille tout juste née était capable d’uriner et moi je ne pouvais plus. Il a donc fallu me soulager avec un cathéter puis me poser une sonde urinaire. Rien de mieux pour se sentir au top!

Bon, malgré ces désagréments qui ont mis mon moral à rude épreuve, j’aurais à nouveau recours à la péridurale sans hésiter!

Les effets secondaires de l’épisiotomie
Nina s’étant présentée avec le cordon ombilical doublement enroulé autour du cou et son petit coeur se fatigant au fil des contractions, il a fallu lui donner un coup de main pour sortir. Ou plutôt un coup de ventouse. Et pour cela, une épisiotomie a dû être pratiquée… Cette intervention redoutée par tant de futures mamans, j’y ai eu droit, avec une déchirure périnéale supplémentaire pour le bouquet final! Je ne sais pas combien de points de suture ont suivi. Je connais juste mon score: 3 sur 4. Et ses conséquences pouvaient être une incontinence, du côté face comme du côté pile! Heureusement que j’étais dans un état second à observer ce petit être posé sur ma poitrine quand les obstétriciennes ont évoqué cette possibilité…

Au final, j’ai eu de la chance, je n’ai connu aucune fuite. Mais la cicatrisation, avec hématome à la clé, a été douloureuse. Vas-y que je me tourne dans le lit pour trouver une position confortable. Vas-y que je désespère de m’asseoir et de me lever pour m’occuper de mon bébé. Et aujourd’hui encore, je ne suis pas complètement remise.

Les suites de couches
À peine libéré de son invité, l’utérus se met en branle pour revenir à sa taille et sa position initiales à grands coups de crampes douloureuses. C’est ce qu’on appelle les tranchées. Pour moi, elles ont duré 3 jours et se sont apparentées à des douleurs de règles.

À ces joyeuses contractions désagréables se joignent les lochies, des saignements plus ou moins abondants qui suivent l’accouchement et se composent de caillots, de débris placentaires et de sang. J’ai lu qu’en moyenne celles-ci duraient deux semaines. Chez moi, elles se sont éternisée pendant 40 jours! Bon, l’épisiotomie a certainement joué sur ces pertes sanguines. Mais 40 jours de saignements quand ça fait 9 mois qu’e tu n’as pas eu tes règles, que tu ne peux pas mettre de tampon ou de coupe menstruelle, et que tu avais renoncé aux serviettes hygiéniques depuis tes 15 ans mais que tu n’as pas bien le choix que de leur rouvrir grands les bras, ben c’est très long!

À J+2

Moins de 48 heures après la naissance de Nina, nous sommes sortis de l’hôpital pour entrer pleinement dans le quotidien de cette nouvelle vie à trois. Hallelujah, j’ai réussi à uriner seule après moults tentatives douloureuses! Si je n’avais pas atteint cet objectif qui a presque pris le pas sur mon bébé durant ces 2 derniers jours, je serais repartie avec une sonde urinaire portable. Bonjour l’angoisse!

Nous quittons donc l’hôpital avec bébé dans son siège auto (sinon, sortie interdite!), une ordonnance pour de la rééducation périnéale (déchirure oblige! Sinon, ce n’est pas systématique au Québec) et une prescription pour une pose de stérilet à mon rendez-vous de suivi post-natal dans 6 semaines (bébé à peine né, un médecin passe dans la chambre pour discuter contraception).

À J+3

La montée de lait
Lors de notre retour à la maison, j’ai récupéré le colostrum qui s’écoulait naturellement de mes seins pour le donner à Nina. Mais sachant que je ne l’allaiterai pas (choix personnel), je n’ai jamais stimulé ma production. Malheureusement, je n’ai pas échappé à la montée de lait pour autant. Je me suis donc retrouvée avec les seins hypersensibles, aussi chauds qu’un brasier et durs comme du béton pendant 48 heures. Pour soulager l’inconfort et couper court à ce phénomène, j’ai glissé des gants de toilette imbibés d’eau glacée dans mon soutien-gorge et je les changeais dès qu’ils devenaient tièdes. C’est efficace!
Puis les compresses d’allaitement ont pris le relais pour éponger les fuites de lait et éviter les auréoles disgracieuses sur mon t-shirt.

La constipation
À cause du changement de place des intestins durant la grossesse et du relâchement du périnée et des abdominaux, la constipation m’a accompagnée quelques jours durant. Elle et ma cicatrice n’étaient pas de grandes amies alors j’ai plutôt bien accueilli les laxatifs prescrits pas le médecin! #glamourtoujours

Les soins du périnée
Je suis rentrée à la maison avec des anti-douleur, des anti-inflammatoire et un tube de crème anesthésiante, mais très peu de conseils des médecins quant à la façon de prendre soin de ma cicatrice. Je me suis donc rapidement trouvée démunie à chaque petit passage aux toilettes lorsque picotements, saignements, gêne et PQ qui colle là où on ne veut vraiment pas le voir coller se mêlaient à cette tâche anodine! Heureusement, j’ai pu compter sur les précieux conseils de mes amies passées par là. Et si un jour c’est aussi votre cas, voici les deux indispensables qui m’ont soulagée en quelques jours: une petite poire remplie d’eau tiède pour me rincer et des compresses de gaze stérile pour tamponner la cicatrice et l’assécher en douceur. Glissez-les dans votre valise de maternité. C’est bien plus utile que la trousse à maquillage ou les tenues de bébé!

À J+1 semaine

Le deuil de mon ventre
Très rapidement après l’accouchement, mon ventre s’est dégonflé pour revenir à la normale et ma peau s’est remise en place comme si de rien n’était. Seule la linea nigra en travers de mon abdomen prouvait que j’y avais hébergé un bébé quelques jours auparavant. Certaines diront peut-être que je crache dans la soupe, que je pousse Mémé dans les orties ou que, comme Maurice, je pousse le bouchon un peu trop loin… mais pour moi, c’est allé bien trop vite et j’ai eu du mal à faire le deuil de mon gros ventre. Quand je mettais le nez dehors, je me sentais nue, vulnérable, comme s’il me manquait une petite partie de moi.

Le baby blues
Avant de tomber enceinte, il était très très rare que je pleure, que ce soit de joie ou d’émotion. Je ne pleurais que de tristesse ou lors d’évènements tragiques. (Ok, sauf quand Monsieur m’a demandée en mariage!)
Mais alors après mon accouchement, c’était les chutes du Niagara pour tout et n’importe quoi! Mon gros ventre me manque, je pleure. J’ai peur de tordre le cou à bébé en lui enfilant son body, je pleure. Je vois une photo d’un reportage sur les enfants en Syrie, je pleure. Je dois passer un coup de fil administratif, je me mélange les pinceaux, je pleure. Oh un bébé chat trop mignon, je pleure. Bébé qui dort, je pleure. Bébé qui pleure, je pleure. Le retour du camembert, je… Non quand même pas. Mais la chute d’hormones a eu bel et bien raison de mon émotivité!

Une grosse envie de viande
Durant ma grossesse, j’ai adopté un régime quasiment végétarien. La plupart du temps, manger de la viande et du poisson me dégoûtait. Mais alors une semaine après l’accouchement, j’aurais pu jouer dans un épisode de The Walking Dead. Une question de fer?!

À J+6 semaines

Le suivi post-partum
Comme je n’ai pas de médecin référant au Québec, il m’a fallu attendre ce rendez-vous de suivi à la clinique périnatale pour faire le point sur mon corps et ma santé post-accouchement. Au programme: pesée, prise de tension, vérification de cicatrice, palpation du bidon, discussion quant au moral et au potentiel traumatisme de l’accouchement, frottis et, dans mon cas, pose de stérilet.

La rééducation périnéale
La cicatrisation de mon périnée ayant été jugée bonne, j’ai pu rencontrer une physiothérapeute pour retonifier un peu tout ça. Le premier rendez-vous consiste à évaluer les dégâts: le muscle fonctionne-t-il et à quelle intensité ? Y a-t-il eu une descente d’organes? Les abdominaux se sont-ils séparés (ce qu’on appelle une diastase)? Suite à ce diagnostic, des séries d’exercices à faire à la maison vous sont prescrits et un prochain rendez-vous est pris pour suivre l’évolution de rééducation. Aujourd’hui, je suis sur le point de pouvoir reprendre la course.

Les petits désagréments qui durent
Un mois et demi après avoir accouché, ma vision est encore floue, surtout en soirée et de nuit. À tel point qu’on a dû agrandir les sous-titres sur Netflix! Ma mémoire est un panier percé. Et mes seins se la jouent robinet mal fermé. Ploc, ploc, ploc.
Heureusement à J+2 mois, tout est rentré dans l’ordre, hormis la mémoire (on va mettre ça sur le compte de la fatigue et de toutes ces nouvelles infos bébé à assimiler!)

À J + 3 mois

Le retour de couches
S’il y a bien une chose qui ne m’a pas manqué pendant la grossesse, ce sont mes menstruations. Plus elles reviennent tard, mieux c’est. Surtout avec le déluge sanguinolent qui suit l’accouchement…
En moyenne, celles-ci font leur retour 2 mois après la naissance. Et chez les mamans qui allaitent, cela peut prendre plus de temps. De mon côté, je ne sais pas si mon cycle a redémarré. Suite à la pose du stérilet, j’ai des saignements anarchiques par-ci par-là mais rien qui ne s’apparente aux règles. Avec un peu de chance, le dispositif fera son effet et bye bye petit désagrément mensuel!

La perte de cheveux
Encore une fois, merci les hormones! Depuis les 3 mois de Nina, je perds mes cheveux comme les érables perdent leurs feuilles en automne (la poésie en moins!) À chaque shampooing, c’est l’hécatombe. L’aspirateur n’arrive plus à suivre la cadence et j’en retrouve partout. Même dans les couches!

Les douleurs articulaires
Je m’attendais à avoir mal au dos à force de porter bébé et de me pencher. Finalement, ce sont mes genoux, coudes et poignets qui crient au secours. La faute à la relaxine, cette hormone qui aide le corps à se modeler en vue de l’accouchement et qui fragilise les ligaments.

C’est toute une aventure de devenir maman! Bien au-delà de ce que j’avais pu imaginer… Mais maintenant que j’ai posé ces petits travers noir sur blanc, je vous confirme… on oublie. On raye les côtés négatifs, on met de côté les blessures, on occulte la douleur pour ne retenir que ce flot d’amour qui ne cesse de grandir au moindre petit sourire. (Bon par contre, je ne les ai pas enfouis assez profondément pour recommencer demain!)

Et vous, comment s’est passé votre post-accouchement? Avez-vous vécu d’autres chamboulements?

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8 commentaires

  • Répondre Camille 15 juillet 2019 at 10 h 54 min

    Je me retrouve tellement dans ton témoignage! J’ai pas eu d’episio mais une déchire et pas contre bonjour les hémorroïdes ! J’ai aussi du faire des séances d’ostéo pour me remettre le coccyx en place :(
    En France j’ai l’impression qu’une fois le bébé sorti, la maman est totalement laissé de côté. Des professionnels que j’ai vu, personne ne m’a demandé comment MOI j’allais …
    Au fait je compatis pour la mémoire … Mon tel est devenu mon meilleur ami

    • Répondre Anne-Laure 17 juillet 2019 at 12 h 08 min

      Au Québec, le soutien aux mamans est très centré sur l’allaitement mais ça tend à s’ouvrir petit à petit. Par exemple, Les haltes allaitement commencent à être rebaptisées « clinique du nourrisson ». C’est encore tourné sur le bébé, mais au moins on a accès à des infirmières référentes vers qui se tourner en cas de besoin ou de question sur notre propre condition. On tient le bon bout!

  • Répondre Marie 15 juillet 2019 at 14 h 34 min

    C’est tellement vrai ce qui tu racontes. Je pense qu’on peux ajouter les kilos en trop 😉

    • Répondre Anne-Laure 17 juillet 2019 at 12 h 03 min

      J’imagine que c’est différent selon chaque maman, chaque bébé, chaque grossesse, chaque pays et chaque expérience mais je voulais garder une trace de mon propre post-partum et souligner comme on en entend peu parler. Alors je suis contente que tu te sois retrouvée dans mon témoignage!

  • Répondre Muriel 15 juillet 2019 at 15 h 06 min

    J’ai eu droit aux saignements pendant un bon mois, une belle déchirure et les points, la rééducation périnéale pendant 4 mois, les fuites urinaires et pas que pendant plusieurs semaines etc… Marceau a presque 8 mois et je commence à me sentir mieux dans mon corps. J’ai échappé à la perte de cheveux grâce aux conseils d’une amie coiffeuse: cure de forcapil pendant 3 mois (sauf si allaitement).

    • Répondre Anne-Laure 17 juillet 2019 at 12 h 01 min

      Merci pour le bon plan Forcapil. Je vais regarder si ça existe au Québec et au besoin, je le saurais!
      Et bon courage pour la suite de cette convalescence post-grossesse. J’imagine que ça a dû être difficile pour le moral mais je suis heureuse de lire que ça va mieux de mois en mois.

  • Répondre Julycocoon 15 juillet 2019 at 17 h 14 min

    Hello, intéressant de voir les différences France / Canada. Moi j’ai eu la ventouse deux fois mais pas d’épisio… Par contre j’ai eu le rdv anesthésiste les deux fois alors que je ne voulais pas la péri… J’avais quand même le droit de boire avec la péri. Aucun problème pour faire pipi après… Voilàààà ! :)

    • Répondre Anne-Laure 17 juillet 2019 at 11 h 58 min

      Je me suis dit que j’écrirai peut-être un article sur comment se passent les choses au Québec VS en France (en tout cas de ce que j’en sais à travers mes amies). Il y a pas mal de petites différences et certaines sont rigolotes.
      Oh tant mieux si tu as évité l’épisio et les effets secondaires de la péridurale. C’est toujours ça de gagné! ^^

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