Être parent

Mon accouchement, sans détour ni glamour

6 juin 2019
Bébé Nina

Si l’on oublie les nausées des quatre premiers mois, on peut dire que j’ai eu une grossesse assez cool… Pas de diabète, pas d’hypertension, pas de rétention d’eau, pas de prise de poids démesurée et même pas beaucoup d’insomnies. Bébé était bien au chaud, en santé dans mon bidon, et se manifestait régulièrement ; ce qui était plutôt rassurant. Ajoutez à cela un futur papa super présent, courant tous les McDo du quartier pour me trouver un McFlurry en plein mois de février, et vous obtenez une maman ravie, à l’aise dans cette nouvelle peau. Ne restait qu’à affronter l’étape cruciale de l’accouchement…

Cette fameuse étape, je ne la redoutais pas – on n’a pas vraiment d’autre choix que de passer par là de toute façon! – mais je ne m’étais pas non plus tellement projetée dans ce grand moment. Parce qu’en dehors de son souffle, on ne contrôle pas grand chose une fois que les contractions sont lancées! La preuve, si j’avais pu, j’aurais choisi un dénouement un tantinet moins mouvementé… Laissez-moi vous le raconter!

Samedi 2 mars

23h50
« Je pense que c’était ma dernière soirée avant l’accouchement… »
Je lance cette phrase prophétique à Monsieur après avoir reçu des amis à la maison pour un souper raclette. La Mini a passé son temps à faire des cabrioles dans mon bidon et à rebondir contre les parois de mon utérus comme si c’était un Zorb dévalant une colline. Ce qui a l’air bien fun en soi, mais n’est pas de tout repos. Surtout quand tu viens de te taper une bonne dose de fromage fondu!
Il m’apparaît donc clair ce soir-là, qu’à ce stade de ma grossesse, je suis trop fatiguée pour remettre ça avant le grand jour (ma « due date » est le 7 mars). Et je ne crois pas si bien dire en parlant de dernière soirée… car quelques heures plus tard, je ressens mes premières contractions!

Dimanche 3 mars

12h
Je me trouve au milieu de ma 39e semaine de grossesse (sur 40 ou 41, selon si l’on compte à la québécoise ou à la française) et les choses se mettent en place doucement. À mon dernier rendez-vous de suivi, mon col était déjà dilaté à 3 et effacé à 70 %.

Comme un bon dimanche d’hiver, je végète devant la télévision pendant que Monsieur papote au téléphone avec ses parents. Quelques tiraillements dans mon ventre se font de plus en plus réguliers, sans pour autant me causer de douleur. Jusqu’à présent, je mettais ces drôles de sensations sur le compte du bébé. « Oh, elle doit pousser pour se faire de la place car ça devient étroit là-dedans! » Mouais… sauf qu’à force de sentir mon ventre se durcir aux 10 minutes, une petite voix me murmure qu’il pourrait s’agir d’autre chose que les mouvements du bébé. Je commence donc à chronométrer ce qui m’apparaît soudain comme de fausses contractions. Je n’ai pas mal et mon ventre ne durcit pas dans son entièreté ; ce ne peut donc pas être encore le vrai travail n’est-ce pas? Et bien, tu te fourres le doigt dans l’œil ma chérie!

13h45
Alors que Monsieur raccroche le téléphone, un petit ploc résonne au niveau de mon col. Qui est-ce qui a débouché le champagne là-dedans? C’est trop tôt!
En un clin d’œil, les contractions se font douloureuses. Cette douleur reste tout à fait gérable (un peu comme si on me pinçait un nerf dans le bas du dos) mais mon ciboulot comprend tout de suite que ça y est, c’est parti. On est en bonne voie pour rencontrer notre fille!
La perte du bouchon muqueux – un glaire géant qui garde l’entrée du col de l’utérus et protège le fœtus des infections – le confirme. Mon corps est prêt!

Monsieur prend le relais du chronométrage et télécharge l’application très moche mais bien utile Contraction Timer – Time Labor. Comme son nom l’indique, elle permet de calculer la fréquence des contractions et leur durée, et de leur attribuer un niveau de douleur. Les contractions sont à présent aux 5 minutes. C’est dimanche, on est cracra, et comme ça ne sert à rien d’appeler tout de suite l’hôpital, on en profite pour aller décompresser sous l’eau. Monsieur file prendre une douche pendant que je plonge dans un bain. Celui-ci calme mes contractions mais elles repartent de plus bel dès que je sors de la baignoire.

15h45
Après quasi deux heures de douleurs, nous passons un premier appel au CHUM (Centre Hospitalier de l’Université de Montréal) où je dois accoucher. Comme je suis capable de parler à l’infirmière et de sourire, on me dit d’attendre encore un peu à la maison que les contractions soient rendues aux 3 minutes. Je continue donc de rebondir sur le ballon de yoga en essayant de me distraire devant Bernard de la Villardière.

17h45
Cette fois, les contractions sont vraiment plus intenses. Je ne souris plus, je ne blague plus et je n’en peux plus d’Enquête Exclusive! Je ferme donc son clapet à Bernard et nous rappelons l’hôpital. « Ok, il est temps. Préparez vos affaires et venez-vous-en d’ici une heure. »

À ce stade, les contractions me font vraiment mal et je ne suis plus capable de parler ou de me focaliser sur autre chose quand un nouvel élancement survient. Prendre un taxi pour se rendre à l’hôpital ne me semble plus une option envisageable. Et si je perds les eaux sur son siège arrière? Et si je hurle de douleur? Je ne me sens vraiment pas à l’aise, même avec la promesse d’un petit Werther’s! Heureusement, nous pouvons compter sur notre bon samaritain J. pour jouer les chauffeurs (À toi J., merci du fond du cœur!)

18h30
Je laisse passer une nouvelle contraction en enfonçant mes ongles dans la face intérieure de la portière, puis je descends de la voiture. Monsieur m’embarque sur un fauteuil roulant, valise dans une main et siège-auto sur mes genoux. Virage à droite, long couloir, virage à gauche, tour d’ascenseur, mauvaise porte, demi-tour, nouveau virage et hop, nous voici au centre des naissances du CHUM. Le sourire bienveillant des infirmières me rassure. Je suis apaisée. Mais cela va être de courte durée… À peine le temps de remettre notre plan de naissance et d’entrer dans le box de triage que les contractions s’enchaînent à un rythme effréné qui ne me laisse aucun répit. Maintenant que j’ai testé les deux, je peux vous le dire: accoucher est bien plus douloureux que de souffrir de calculs rénaux!

19h30
Les contractions – ces maudites contractions ! – me bombardent de douleur toutes les 30 secondes. Je ne suis plus capable de reprendre mon souffle entre chaque attaque. Monsieur essaie de détourner le mal en maintenant des points de pression entre mes pouces et mes index. Je me lève, puis me rassois. Finalement, je me fige debout, les avant-bras sur le lit. Aucune position ne me soulage. Je glisse un « Mais qu’est-ce qu’on a fait?! » au futur papa entre deux crispations et je me laisse tomber entre ses bras.

L’obstétricien de garde est coincé en plein accouchement alors l’infirmière prend les devants et vérifie mon col. « T’es dilatée à 5. Si tu la veux toujours, on peut te transférer en salle d’accouchement, appeler l’anesthésiste et te donner l’épidurale. » Si je la veux toujours? Si je la veux toujours? Bien sûr que je la veux!

20h25
Nous voici en salle d’accouchement. En attendant l’anesthésiste, l’infirmière ramène une bouteille de gaz hilarant pour détourner mon attention des contractions. Une bouffée. Deux bouffées. Cela ne semble pas fonctionner. Heureusement, le pro du soulagement arrive enfin. Deux petites piqûres immobilisent mon dos avant que la grande aiguille vienne se planter entre mes lombaires. Ça y est, la péridurale – ou épidurale en québécois – est posée! Minute après minute, les contractions redescendent sur l’échelle de la douleur. Je les sens encore me submerger comme de grosses vagues, mais maintenant je surfe sur un océan de bonheur.

21h40
Tout s’accélère. Mon col est à présent dilaté à 7 cm et en faisant son contrôle, le médecin a crevé la poche des eaux.
De mon côté, je suis sur un petit nuage, la péridurale est une vraie bénédiction! Je tire mon chapeau aux femmes qui s’en passent. De mon côté, je n’aurais pas pu y arriver sans. Surtout avec les petits rebondissements qui sont sur le point d’entrer en scène…

23h40
Mon col est à 10 cm. Cette fois, c’est la bonne, il est temps de pousser!
Je m’essaye d’abord sur le côté, couchée en chien de fusil. Une fois. Deux fois. Trois fois. Malheureusement, cela ne fonctionne pas et le cœur du bébé ralentit à chaque contraction.
Changement de position, me voici sur le dos. L’infirmière et Monsieur me tiennent chacun une main et une cuisse et m’encouragent. C’est reparti. Je pousse de toutes mes forces. Mais rien ne se passe, si ce n’est que le cœur du bébé se fatigue encore plus. J’ai l’impression de mal faire les choses, de ne pas être capable de sortir mon bébé et de l’accueillir auprès de nous. J’entends alors le mot « ventouse » et là, mon esprit s’embrume, mes souvenirs se font flous. Je suis physiquement toujours là mais mes pensées sont ailleurs comme si j’avais voulu me protéger de ce qui allait se passer. (Monsieur me rafraîchira la mémoire par la suite.)

La salle d’accouchement s’est remplie de médecins et d’infirmières. Je ne sais pas qui ils sont. Je ne les ai même pas vus rentrer. En fait, je ne les vois même pas et ne les verrais fugacement que dans quelques minutes, quand tout ceci sera terminé.

Pour mettre en place la ventouse, un petit coup de scalpel sur mon périnée est nécessaire. Je fais donc partie de ces mères qui auront donc eu droit à une épisiotomie. La ventouse lâche, une fois puis deux.

Lundi 4 mars

00h09

Ma peau se déchire un peu plus et cette fois, la tête de mon bébé se fraye un chemin vers la sortie. Le cordon ombilical s’est enroulé deux fois autour de son cou. Comme moi il y a 34 ans, la Mini aura décidé de jouer les divas et de faire son entrée dans le monde avec son double rang de perles! Son frêle petit cou est rapidement dégagé. Monsieur, devenu papa, peut couper ce maudit cordon.

On me dépose la Mini, un peu sonnée, sur la poitrine avant de la reprendre pour la stimuler. Je l’entends crier au loin. La revoilà qui me rejoint en peau à peau le temps que je sois suturée. Alors la salle se fait cocon. Les bruits sont encore un peu plus étouffés. Je perds la notion du temps. La péridurale fait son travail. Je ne sens absolument rien des points tissés par ces deux couturières qui officient avec précision entre mes jambes. Je m’en fiche. Cela n’a pas d’importance. Parce qu’elle est là. Avec ses 51 cm, ses 2.950 kg, tous ses cheveux, ses 10 longs doigts, ses 10 petits orteils et ses grands yeux qui nous observent. Ma petite Nina est là!

Bébé NinaBébé NinaBébé Nina

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7 commentaires

  • Répondre Julycocoon 7 juin 2019 at 3 h 17 min

    J’adore les récits d’accouchement donc je suis heureuse d’en apprendre plus sur l’arrivée de Nina <3

    • Répondre Anne-Laure 7 juin 2019 at 17 h 41 min

      Je t’envoie tout plein d’ondes positives pour la naissance de Baby Cocoon!

  • Répondre Marie 7 juin 2019 at 9 h 42 min

    Olala Nina! Tellement heureuse que tout se soit bien fini.
    Des bisous à vous! Et c’est noté, jamais de collier en cadeau pour Nina

    • Répondre Anne-Laure 7 juin 2019 at 17 h 43 min

      Hahahah! Tu crois qu’elle va vouloir porter un cache-cou cet hiver?

  • Répondre Sandra 7 juin 2019 at 12 h 59 min

    Chouette récit, même s’il est vrai que le cordon autour du coup, l’episiotomie, la ventouse c’est pas forcément les meilleurs souvenirs qu’on garde.
    Pour avoir eu mon second sans péridurale (c’est pas un choix, c’est juste que monsieur était méga pressé !) Plus jamais… Et comme toi vive la peri
    Et alors tu te souviens toujours de la douleur, parce que maintes fois on m’a dit qu’on l’oublie vite…. Euh non je m’en souviens parfaitement

    • Répondre Anne-Laure 7 juin 2019 at 17 h 44 min

      Oh oui pour le moment je m’en souviens très bien! Mais bon, ça ne fait encore pas très longtemps. C’est tout frais!
      Je me demande si on oublie vraiment ou si on préfère juste se focaliser sur le positif!

  • Répondre Line 25 juin 2019 at 2 h 32 min

    Merci beaucoup pour votre récit, j’aime aussi les récits d’accouchement qui ne passent pas par quatre chemins :)

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